Moins d’une semaine après le résultat des élections municipales, deux documentaires consacrés à la campagne parisienne sont diffusés à la télévision. Je n’ai pas (encore) vu le film de Serge Moati, diffusé tout à l’heure sur France 5… je ne parlerai donc ici que du “Paris en or de Bertrand Delanoë” de Vanessa Schneider (Capa, pour Canal+).
Une semaine, c’est court. Trop court pour donner du sens à 6 mois de campagne. Le reportage apparait comme la succession d’images déjà familières. Trop familières. Le claim du film, “Le second mandat de Bertrand Delanoë ne serait qu’un marche pied pour l’Elysée”, a déjà été entendu. Trop entendu. Le problème, c’est que Bertrand Delanoë est insaisissable, très peu présent à l’image. Je ne sais pas si Delanoë a la tête ailleurs… (je crois que oui), mais faute de matière, la démonstration de Vanessa Schneider tombe un peu à l’eau.
Ce qui ressort surtout, c’est la dureté de la campagne, coté Panafieu. La candidate de l’UMP est seule très seule. Son staff de campagne semble avoir été recruté par l’Elysée et rapporte directement au chef de l’Etat. Françoise de Panafieu n’est qu’une intermédiaire qui peine à affirmer son leadership. A son “j’ai besoin qu’on me dise qu’on m’aime”, Pierre Charon (conseiller UMP de Paris et proche de Nicolas Sarkozy) répond “on peut t’aimer parce que tu défend bien la cause”. Pour les bons sentiments on repassera.
Françoise de Panafieu s’enferme alors dans une haine féroce à l’égard de Bertrand Delanoë. “Ce n’est pas décoiffant” lâche Panafieu à la lecture d’une interview de Delanoë dans Le Parisien. Un peu plus tard, elle essaie de convaincre (de se convaincre) que le maire de Paris ne fera pas campagne, trop occupé par la conquête du PS. Plus loin, elle affiche une agressivité rare en Conseil de Paris.
Panaf déteste Bertrand… et ça se voit. Encouragée par son staff de campagne, elle semble se construire dans ce sentiment négatif. Lorsqu’elle explique que la voirie est “méchante et agressive”, je vois surtout une Françoise de Panafieu “méchante et agressive” (vidéo ici).
Et puis, cette scène lacrymale. Le moment de vérité du film. Panafieu craque. En larmes, elle fait devant la caméra le deuil de sa victoire. Ressortent les angoisses, les frustrations. La réalisatrice du film explique aujourd’hui que cette séquence a été voulue par Françoise de Panafieu. Comme si la caméra était devenue la seule personne avec qui elle puisse être vraiment sincère. Comme si ces six mois n’avaient été qu’une mauvaise pièce de théâtre. De cette séquence, Panafieu sort grandie, plus humaine. C’était probablement le but.
Le film est, il faut bien l’avouer, plutôt complaisant à l’égard de Bertrand Delanoë. Tout semble être “sous contrôle”. Et pourtant, pour ce que j’en ai vu, des couacs, des improvisations, il y en a eu… comme dans n’importe quelle campagne.
La voix off explique que le soir du grand meeting du 27 février, le Zenith est “quasi plein”. De l’intérieur, il donnait plutôt l’impression d’être rempli aux deux tiers. Rien de très grave, la campagne de Delanoë a été bonne : raison de plus pour ne pas en rajouter.
L’équipe de campagne de Delanoë ? On la voit très peu. Un plan laissant apparaitre Paul Bernard, la voix de Caroline Neyron dans les travées du Zenith, le calme de Sylvestre, le responsable du service d’ordre. C’est très rapide.
Les amis politique de Bertrand sont quant à eux plus présents, notamment dans cette séquence saisie à la sortie du débat d’entre deux tours. La voix-off lâche ce commentaire impitoyable “Bertrand Delanoë rayonne au milieu de sa cour”. Jean-Louis Missika (nouvel adjoint chargé de la recherche et de l’innovation) s’étonne de l’agressivité de la candidate de l’UMP. Patrick Bloche (maire du 11ème) est, quant à lui, très à l’aise dans son rôle de courtisan numéro 1 : “c’est vrai…”, “exactement”, “bravo, bravo, si si, bravo”.
Bertrand Delanoë adore l’image de lui-même que lui renvoient ses amis politiques. “Miroir… mon beau miroir”. Une attitude qui agace Anne Hidalgo, sa première adjointe. En réponse à la question “ça va ma cravate ?”, Anne lâche (un peu saoulée) “tu es très beau”, avant de renvoyer la balle “et mon décolleté il n’est pas trop… ?” Léger, mais bien vu. Hidalgo one point.
Et puis, le film laisse aussi apparaitre une constante dans la stratégie de Delanoë. Cette capacité à allumer des incendies, pour les renvoyer ensuite à la figure de ses adversaires politiques. Première illustration avec l’affaire du HLM de Michèle Blumenthal. Des informations sortent opportunément dans la presse sur des logements sociaux occupés par des élus UMP. La première réaction de Françoise de Panafieu est la bonne : ne pas se lancer dans ce type campagne. Pierre Lellouche (candidat malheureux dans le 8ème) a le sens de la formule et ironise sur le “ventilateur à caca”. Et puis, Panaf change d’avis et lance la polémique Blumenthal. Dès lors, la candidate UMP se fait attaquer sur sa campagne de caniveau. C’était l’effet recherché.
Même démarche concernant l’alliance ratée avec le MoDem. Conformément aux instructions de Delanoë, Marielle de Sarnez affiche ses bonnes intentions avant le premier tour. “Partenaires oui, nous y sommes prêts, solidaires oui, la solidarité dans l’action est nécessaire, mais soumis, non” déclare-t-elle à la Mutualité. Le message est bien reçu par Bertrand Delanoë qui sait aussi que peu de journalistes sont présents ce soir là. Il justifiera son refus d’alliance au second tour par l’absence de geste clair du MoDem. Mauvaise foi ? Reste à voir si cette stratégie du pompier pyromane sera encore utilisée par Delanoë dans les mois à venir…
Tags: Anne Hidalgo, Bertrand Delanoë, Françoise de Panafieu, larmes, municipales, vidéo
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