mai 07
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Delanoë veut un “grand congrès” socialiste

Cette fois, c’est vraiment parti. Un mois après le lancement de l’initiative “Congrès utile et serein” (Royal, Rebsamen, Peillon, Bianco…), Bertrand Delanoë souhaite un “grand congrès” socialiste et met en ligne son site : “Clarté, courage, créativité”. Il n’aura échappé à personne que ma cam’ (ouais ouais, je parle comme Carla), c’est plutôt la première initiative que la seconde. Je préviens donc tout de suite : mon commentaire d’aujourd’hui risque de ne pas être très équilibré. Il risque en outre de concerner, surtout, les sujets qui m’intéressent le plus. Je n’ai donc pas la prétention d’être objectif et exhaustif.

Première remarque, de forme, le site n’est ni très clair (typo gris clair sur fond blanc), ni très courageux (uniquement du texte, à part un système de commentaires, pas vraiment d’interaction possible avec les militants qui souhaiteraient participer), ni très créatif (un bandeau rouge, du texte… mouais).

clarté courage créativité

Sur le fond, un texte de 11 pages pose les bases de ce qui sera la motion portée par Delanoë au prochain congrès. A sa lecture, voici mes premières impressions.

L’introduction est probablement la partie la plus réussie du texte : ce congrès est très important. Il ne doit pas simplement être une transition mais permettre de construire un vrai projet pour le parti socialiste. L’objet n’est pas de se regarder le nombril… mais d’être utile à la France et aux français. Raison suffisante pour sortir des discours tout faits et des postures incantatoires auxquelles personne ne croit vraiment mais qu’on se plait à reproduire. Raison suffisante, aussi, pour placer la question des idées avant celle des personnes. Voilà au moins, dans les intentions affichées, une convergence notable avec l’initiative que je soutiens.

Sauf que dès le début, le texte se définit en opposition à la droite, et seulement en opposition à la droite. Sarkozy est très impopulaire, d’accord. Il n’a d’ailleurs pas eu vraiment besoin d’opposition solide pour l’être : sa pratique de la politique, son style de gouvernance, ses réformes injustes et inefficaces, ses promesses non tenues ont suffit. Si on veut que le PS soit un parti capable d’incarner un vrai projet… et pas seulement une alternative quand la droite est particulièrement nulle, il va falloir se creuser. Pour le coup, c’est pas gagné.

Un manque de vision transversale

Le texte a beau expliquer qu’il faut un vrai projet, et pas seulement une succession de thèmes (économie, solidarité, retraites, etc.), il retombe dans le schéma standard et donne au lecteur un désagréable sentiment de déjà vu. Derrière des titres écrits à l’infinitif (ex : refonder le pacte social), on retrouve finalement un découpage ultra-classique.

Saucissonné, le document souffre d’un manque criant de vision transversale. La partie intitulée “L’économie de la connaissance et le développement durable” est, à ce titre, extrêmement représentative de l’ensemble du texte. Là où Royal, dans son pacte présidentiel, cherchait à donner de la cohérence en liant, par exemple, les thèmes de l’innovation, de l’excellence environnementale et de la justice sociale, Delanoë sub-divise. Ce manque de vision d’ensemble est gênant car il conduit à retomber dans l’écueil habituel qui consiste à devoir arbitrer entre économie, écologie et justice sociale.

Des raccourcis qui nuisent à la crédibilité du texte

Le document pèche aussi par les nombreux raccourcis qu’il propose. Ce problème est particulièrement saillant sur la question de l’économie et du rapport au marché (voir mon post précédent). Les key-words trendy (compétitivité, innovation, bla bla bla), masquent en fait un manque de réflexion, sur le fond, et le retour à des vieilles idées un peu poussiéreuses.

On retrouve, par exemple, le mythe de “la grande entreprise méchante” : “C’est par les petites et moyennes entreprises, plus que par celles du CAC 40, que la France retrouvera le dynamisme de sa croissance”. Comme si la taille de l’entreprise était un indicateur de sa moralité, ou de son caractère “social”. Comme si opposer les grosses et les petites avait un sens. Cette vision manichéenne est finalement peu ambitieuse : au lieu de se demander comment responsabiliser le marché par un système d’incitations et de règles, on se contente de décerner les bons et les mauvais points.

Pour le reste, des généralités : la croissance… très important la croissance. L’innovation, très important l’innovation. Les PME, très important les PME. Derrière ces généralités, pas vraiment de propositions concrètes.

En fait si… juste une. Le texte insiste sur l’Université et explique que notre pays “manque d’une politique ambitieuse dans tous les domaines de la vie universitaire”. C’est juste… sauf que réduire la question de l’innovation à la question de la recherche, c’est oublier qu’il y a beaucoup d’autres formes d’innovations que les avancées scientifiques. Une nouvelle organisation, un nouveau modèle d’entreprise… ce sont aussi des innovations qui contribuent à la richesse créée par le pays.

Et puis, réduire la question de la recherche à celle de l’université française, c’est oublier que la recherche ne se fait pas qu’à l’université, qu’elle est souvent drivée par une politique industrielle, qu’il faut encourager les interactions entre public et privé, etc.

Je veux bien admettre que cette critique est un peu facile : 11 pages, c’est probablement trop peu pour proposer une pensée structurée et complexe. N’empêche qu’en allant de raccourci en raccourci, le texte perd en profondeur et tombe dans un simplisme inquiétant qui, faute de message fort, ne permet pas d’aller à l’essentiel. La question des moyens n’est, en outre, jamais abordée. Pas très crédible.

Une synthèse qui ne fâche personne

En se bornant à des généralités, le texte parvient à éviter les sujets qui fâchent. La formation professionnelle tout au long de la vie… tout le monde est d’accord sur le principe. Concernant les modalités, c’est une autre histoire. Là où Royal cherche à approfondir (c’est le sens des dix questions), Delanoë évacue les problèmes.

Il en résulte un texte un peu insaisissable, sans grosses aspérités mais sans idées forces. Tout en expliquant vouloir “rassembler sur des choix clairs et non sur de fausses synthèses”, le document propose en fait une synthèse qui ne fâchera personne mais qui ne servira, je le crains, pas à grand chose.

Un texte un peu nombriliste

Là partie la plus dense du texte se trouve à la fin du document. Il s’agit de la partie consacrée au fonctionnement du PS qui truste près du tiers du document. Et oui, au PS, on aime beaucoup parler… du PS.

Au delà du diagnostic (difficulté à respecter les décisions, à trancher les questions du leadership des des alliances), rien n’est proposé sur le fonctionnement du PS, de ses fédérations et de ses sections, sur la façon de prendre les décisions, sur le choix d’un parti d’élus ou d’un parti de masse, sur les règles de non cumul des mandats et des responsabilités, sur les frontières de nos alliances (question subalterne selon les auteurs du texte… mais qui occupe quand même près d’une page entière tout en réussissant l’exploit de laisser planer l’ambiguïté la plus totale sur cette question).

Pour conclure, je ne suis pas certain que ce soit texte soit très abouti et parvienne à faire de ce congrès quelque chose d’utile pour le parti socialiste et ses militants, mais surtout pour les français. Neeeeeeeeeeeeeeeeeeexxxxxxxxxttttttttttt.

Publié par Philippe à 13:55
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1 Commentaire

FP NICOLAS
Envoyé le 8 mai 2008 à 1:10

Merci Philou sur ton analyse de fond : le mythe de la PME sympa & du gros groupe méchant est effectivement bien ancré dans le cerveau de nos jospis.

Quand on voit le nombre d’entre eux qui pantouflent dans le privé dans ces mêmes grands groupes (sans oublier les privatisations de Jospin qui ont … favorisés les grands groupes privés), je me marre.

Leur texte est mou, acreatif et manque d’audace. Tant mieux.

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