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Comment Opinionway réduit la politique à un concours de beauté

Keynes n’est pas seulement un économiste plaidant pour une intervention de l’Etat dans l’économie. Il est aussi un fin observateur du fonctionnement des marchés et, ce faisant, un des pères fondateurs de ce qu’on appelle aujourd’hui la théorie des jeux de coordination.

Back to basics. En analysant le fonctionnement des marchés financiers, Keynes émet, dans le chapitre 12 de sa Théorie Générale publiée en 1936 un diagnostic aujourd’hui largement partagé : les marchés financiers sont caractérisés par une telle incertitude qu’il est quasiment impossible de se faire une idée juste et précise de la valeur réelle des titres qui y sont échangés (et de prévoir leur évolution). C’est la raison pour laquelle la plupart des investisseurs s’en remettent à l’avis des autres… ce qui crée un phénomène d’imitation généralisée (que Keynes qualifie de convention).

moutons

Les petits malins de l’histoire sont les spéculateurs qui font leurs profits en essayant de deviner, un peu de temps à l’avance, dans quel sens iront les mouvements de la foule. L’idée n’est alors plus de savoir ce que valent les actions mais d’anticiper sur ce que les autres vont en penser pour spéculer à la hausse ou à la baisse. Un petit peu comme dans un concours de beauté dans lequel les lecteurs d’un journal désigneraient leur candidate préférée, non pas en fonction de leurs goûts personnels, mais en essayant de prévoir à l’avance l’issue du scrutin : c’est la fameuse métaphore keynesienne du beauty contest, un phénomène qui permet d’expliquer l’origine des bulles spéculatives sur les marchés financiers.

En politique, ça marche aussi : Et c’est là qu’Opinionway, institut de sondage aux méthodes très souvent décriées, intervient. Dans un sondage largement commenté donnant une avance à Bertrand Delanoë sur Ségolène Royal pour prendre la tête du parti socialiste, Opinionway fait la preuve de son savoir faire en matière de questions biaisées.

La question posée est celle-ci : “Selon vous, qui de Bertrand Delanoë ou de Ségolène Royal a le plus de chances de prendre la tête du Part Socialiste dans les mois qui viennent ?”

L’institut ne demande pas “qui aimeriez vous voir à la tête du PS ?” ou “qui ferait selon vous le meilleur premier secrétaire ?” mais “qui a le plus de chances de… ?”. Exit la politique, place aux pronostics. Pas étonnant qu’en pleine semaine d’exposition médiatique, Delanoë se taille la part du lion : 49% des internautes interrogés (et oui, c’est un sondage en ligne… encore un biais) parient sur sa victoire, 18% sur la victoire de Royal, 33% ne voient ni l’un, ni l’autre prendre la tête du PS.

Autant le dire tout de suite, je ne pense pas qu’Opinionway roule pour Delanoë. Si cet institut a choisi d’interroger ses sondés sur les pronostics plutôt que sur le fond, c’est parce que ce type d’anticipations est fortement lié au contexte et susceptible de subir des évolutions radicales (un peu comme le cours des actions en Bourse). De quoi assurer à Opinionway un moyen de vendre au Figaro de nouveaux sondages faisant état de nombreux rebondissements : money money money.

Ne vous demandez pas pour qui roule Opinionway : Opinionway roule d’abord pour Opinionway.

Publié par Philippe à 16:37
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2 Commentaires

Catherine MARGUERITTE
Envoyé le 4 juin 2008 à 22:32

Je constate que les entrées parti socialiste ne font pas recette sur les commentaires. Je trouve cependant la photo charmante et n’est rien de plus à dire sinon à lundi!
Catherine MARGUERITTE

Philippe
Envoyé le 4 juin 2008 à 23:10

Et oui… selon le même sondage, la situation du PS n’intéresse que 2% des français…

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