Le maire du XVème organisait ce soir une réunion d’information sur la situation du quartier Dutot. Pour rappel, c’est dans ce quartier qu’une pyromane (aujourd’hui internée) avait mis le feu à plusieurs voitures et à de nombreuses poubelles au cours du mois de mai. C’est aussi dans ce quartier que, plus récemment, un camion a pris feu (mais les deux actes sont semble-t-il indépendants).
Devant une salle comble, élus de la majorité d’arrondissement, représentants de la police, des pompiers et de la voirie ont pu répondre aux questions des habitants. Le dispositif est bien connu, il avait été déjà expérimenté le mois dernier lors d’une réunion similaire au sujet des aménagements de la place Charles Michels et est directement inspiré du fonctionnement de certains conseils de quartier du 15ème.

Faire des réunions d’information, rendre des comptes aux habitants, expliquer l’action municipale… tout cela est absolument nécessaire, indispensable même. Je note en cela, c’est vrai, un changement dans le mode de gouvernance de l’arrondissement. Ces évolutions sont à mettre au crédit du député-maire UMP du 15ème. C’est écrit.
Pourtant, je ressors toujours avec une sensation très désagréable de ces réunions. C’est un peu toujours le même déroulé. Le maire préside, introduit la séance, et donne la parole à ses invités (aujourd’hui, c’était le commissaire du 15ème qui s’est prêté à l’exercice). Et puis… les habitants interviennent, par salves successives de questions. La tension monte progressivement. Les gens se mettent à s’applaudir les uns les autres. C’est à celui qui tapera le plus fort sur la voirie, sur la police, sur les fonctionnaires, parfois sur le maire du 15ème (qui, ironie de l’histoire, s’est fait traiter de laxiste en matière de sécurité lors de la réunion de tout à l’heure).
Les interventions se limitent souvent à une critique. Les quiproquos entre les intervenants et le public sont nombreux, le plus souvent, il s’agit d’une incompréhension relative aux termes techniques qui sont employés (aujourd’hui, nous avons eu droit à un joli clash autour du thème du “sentiment d’insécurité”).
Et puis, au bout de trois heures, le public commence à se lasser, la salle se vide progressivement. Le calme revenu donne l’illusion du consensus. Sur le fond, la séance a pourtant fait du sur-place. L’essentiel n’était pas là, le maire a pu faire passer son message favori “on travaille et on écoute”, et placer quelques vacheries sur Bertrand Delanoë (je caricature à peine). Prochain round lors de la prochaine réunion
Ce soir, je n’étais pas le seul à être frustré, une élue de la majorité d’arrondissement m’expliquait que compte tenu de la tension ambiante, elle avait beaucoup de mal à faire venir des intervenants dans les conseils de quartier.
Le jeu politique n’explique pas, à lui seul, le caractère peu productif de ces réunions. Il y a aussi un véritable amateurisme de la part des organisateurs qui semblent considérer que pour faire une bonne réunion, il suffit de mettre plein de gens dans une salle et de faire tourner le micro.
Faute de réflexion suffisante, la réunion passe à coté de ses deux fonctions principales. D’abord, l’information demeure parcellaire : le message a du mal à passer à cause des nombreux quiproquos et des interruptions parfois assez violentes de certains participants. Ensuite, il n’en ressort pas vraiment de propositions nouvelles : le dispositif mis en place ne permet pas de profiter de l’intelligence collective des participants pour améliorer l’action publique.
Et pourtant, des choses ont été écrites sur le sujet (beaucoup de choses)… certaines d’entre elles ont été (et continuent) d’être expérimentées notamment dans une petite association politique qui s’appelle Désirs d’Avenir :p
Je vois déjà la critique de Jean-Yves : “Philippe tu ne fais rien qu’à critiquer”. Allez hop, quelques propositions.
Bien définir l’objectif de la réunion
Philippe Goujon semble vouloir remplir plusieurs objectifs pas tout à fait compatibles dans ses réunions. Il les envisage à la fois comme des meetings, comme des réunions d’information et comme des réunions participatives. Ces trois objectifs impliquent des dispositifs très différents. A ne pas définir d’objectif, on est condamné à n’en atteindre aucun.
Pour faire un bon meeting, il faut une salle chauffée à blanc, un bon orateur, une musique d’entrée triomphante.
Pour faire une bonne réunion d’information, il faut de la concision et de la pédagogie. Il faut aussi se demander si la réunion est vraiment indispensable, si un document écrit bien édité et largement diffusé ne permettrait pas d’atteindre les mêmes objectifs en touchant une population plus nombreuse.
Pour faire une réunion participative… il y a plusieurs dispositifs possibles. Le dispositif du “débat participatif” peut avoir un intérêt, mais aussi quelques limites (il est chronophage, tous les intervenants n’ont pas quelque chose d’intéressant à dire, les personnes présentes n’osent pas forcément prendre la parole, etc.). La réunion participative par petits groupes permet de surmonter pas mal de ces problèmes mais est difficile à mettre en place quand il y a beaucoup de spectateurs.
Repenser l’organisation de la salle
Dans les réunions de Philippe Goujon, le publique est physiquement séparé des intervenants. Les gens importants (le maire et ses adjoints) sont attablés et font face à la foule. L’espace instaure une démarcation qui ne facilite pas l’échange. On a souvent l’impression de voir deux camps d’affronter. Pas étonnant.
L’organisation en cercle peut résoudre le problème et à le mérite de permettre aux gens de se répondre plus facilement (et autrement qu’en se criant dessus).
Faire moins parler les élus et mieux cibler le sujet
Philippe Goujon parle trop : il introduit la séance, répond aux questions, distribue la parole, reformule, y va de son petit commentaire. Et quand il parle, Philippe Goujon n’écoute pas… et répond à coté. Du coup, les mêmes questions reviennent, la tension monte…
Cette organisation laisse supposer que “le maire doit toujours avoir réponse réponse à tout”. Les interventions de la salle se limitent souvent à des critiques “vraiment, ça ne fonctionne pas !!!!”. La séance prend des allures de réunion de mécontents.
Lorsqu’il n’a pas de réponse à donner, le maire est donc amené soit à trouver un bouc émissaire (au choix, les fonctionnaires, le maire de Paris), soit à surjouer l’empathie (”ooooh, comme vous avez bien raison ma petite madame, je vous comprend vous savez”), soit à se mettre sur la défensive.
Ce qui serait intéressant, c’est de profiter de cette intelligence collective pour élaborer une solution consensuelle.
Conclusion : le dispositif idéal
- Une sujet bien formulé, cantonné à une question précise. Exemple : comment améliorer les équipements de voirie de la place X / comment rendre le square Y plus convivial ? (ce qui suppose qu’avant la réunion, on accepte de prendre en considération les remontées… sinon les gens auront l’impression d’avoir perdu leur temps).
- Une population ciblée et pas trop nombreuse afin que chacun puisse s’exprimer (d’où l’intérêt de formuler clairement la question)
- Une organisation de la salle qui facilite l’échange. Il ne suffit pas d’installer un micro.
- Des interventions du maire très limitées. Un propos liminaire, quelques réponses précises lorsqu’il est interpelé, un propos conclusif. C’est tout.
- Une introduction réalisée par un expert pour présenter les grandes lignes d’un projet.
- Un animateur autre que le maire chargé de faire circuler la parole et de recadrer les débats.
- Eventuellement, une organisation par petits groupes autonomes chargés d’élaborer un diagnostic partagé et des propositions concrètes.
- Une dernière phase de la réunion consacrée à la synthèse de la séance et à l’élaboration d’une solution qui fasse consensus.
Tags: 15eme, conseils de quartier, democratie participative, desirs d'avenir, philippe goujon
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Envoyé le 6 juin 2008 à 15:03
Puisque l’on parle beaucoup du changement de gouvernance dans notre arrondissement -enfin-, de démocratie participative et/ou de proximité, je viens de prendre connaissance du renouvellement des Conseils de quartier et je viens de postuler (par Internet). Par contre je me pose une question sur le déroulement du dépouillement, en effet comment savoir si toutes les demandes des habitants feront l’objet du tirage au sort qui à lieu le 01 juillet 2008 ?
Si quelqu’un peut m’éclairer sur le bon fonctionnement de cette opération, je l’en remercie d’avance.
Et j’espère à bientôt pour faire avancer nos quartiers.
Sylvain
Envoyé le 6 juin 2008 à 16:03
Philippe, vu que tu me lances la perche je ne peut que la prendre au vol !
Oui tu critiques mais après tout c’est ton droit. Mais plus que la critique c’est ton analyse qui m’interresse.
Les citoyens veulent et demandent ce genre de réunion. C’est un fait que Philippe Goujon souhaite un contact plus direct avec les habitants du 15ème.
C’est vrai aussi que la salle n’est pas très adaptée - résonnance, mauvaise sonorisation - mais il est difficile de faire autrement dans cette mairie, car c’est la seule salle de grande capacité.
Installer la salle autrement, pour ne pas dire à la façon des débats de ta championne….c’est facile lorsqu’il n’y a qu’un intervenant mais inenvisageable avec plusieurs orateurs et des présentation à passer.
Le maire organise et je ne vois pas en quoi il est choquant ou autres mots employés qu’il dirige la réunion.
Mettre un animateur me parait quelque peu déplacé car nous ne sommes pas sur une émission de télé réalité ! On peut organiser le passage des micros, les questions posés mais tu ne peux pas dire que ce n’est pas la démocratie directe qui s’exprime et sans restriction.
Si ces réunions s’étendent c’est justement parce que le Maire veut que tout le monde puisse avoir la parole, meêm si plusieurs personnes posent la même question ou reviennent sur le même sujet.
Au fait, as tu déjà assisté à des compte rendu de mandant de delanoë, ou d’autres réunion ou il intervient devant la population….là les questions c’est plutot difficile de les poser…..mais c’est vrai, j’oubliais que delanoë est un grand démocrate et un grand LIBERAL.
Ta proposition ressort de ce qui se passe en entreprise mais qui est très difficilement transposable à une réunion avec des citoyens. Les objectifs de ceux qui viennent assister ne sont pas les mêmes déjà entre eux et aussi entre ceux qui interviennent.
Les orateurs viennent donner des explications à des gens qui veulent des réponses et parfois la résolution d’un problème individuel. D’autres sont là pour faire part de leur mécontentement, ou de leur critique sans attendre quoi que ce soit des orateurs, etc..etc…
On est loin de l’objectif commun
Alors en tenant compte de tout cela il faut tout de même faire ce genre de réunion, même si le son est mauvais et même si parfois il y a de l’invective.
Je suis persuader que tout cela s’améliorera avec le temps mais que tu trouveras d’autres à choses à critiquer
Bien, voilà un débat intéressant. Ce que j’ai surtout remarqué dans cette réunion ce sont les paroles des habitants à cran en ce qui concerne leur quotidien. Ceci dit, je retiens la proposition en cercle que je trouve plus porteuse et les remarques de Jean-Yves sont constructives…. Alors améliorons-nous! Ensemble.
Envoyé le 9 juin 2008 à 16:06
Bonjour JF,
Je me suis présenté samedi matin à la Mairie pour avoir des explications, rien, pas d’élus (pourtant j’avais pris la peine de téléphoner la veille et où on m’avais donné rdv au bureau 102 !!!), le personnel de Mairie pas au courant, pas d’urne, rien…..
Le dépouillement sera général ou par quartier ?
Les bulletins électroniques ou autres seront-ils tous mis au bon endroit ? ect……..
Merci d’avance pour les réponses.
Sylvain
@sylvain : je n’ai aucune info sur le sujet. Simplement que le dépouillement aura lieu dans la salle des fêtes de la mairie du 15ème sous contrôle d’huissier. Je tâcherai de déposer un voeu au prochain conseil pour avoir ces éléments d’information by Mr Goujon.
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