Séance agitée (et longue…) du conseil d’arrondissement lundi soir. Les débats ont notamment porté sur la commission d’attribution des logements sociaux récemment mise en place dans le 15ème et qui se réunissait pour la première fois la semaine dernière.
La situation du logement social à Paris est très tendue. Il y a aujourd’hui plus de 100 000 demandeurs qui, faute d’offre suffisante, sont en attente (et souvent depuis plusieurs années). Derrière les chiffres, ce sont des histoires individuelles souvent très difficiles. Des familles qui ont du mal à se loger. Des mères célibataires qui n’arrivent plus à payer leur loyer. Des personnes qui jusqu’ici arrivaient très bien à se loger dans le parc privé et qui, baisse du pouvoir d’achat oblige, se tournent vers le logement social.
Politiquement, les débats tournent un peu en rond : La droite accuse Delanoë de ne rien faire. La gauche souligne l’effort sans précédent mis en place par la ville : 30 000 logements sociaux financés sous la précédente mandature, 40 000 prévus pour celle qui est en cours (contre a peu près 9000 sous la mandature Tibéri - 1995 - 2001). Les débats portent aussi sur le type de logements à financer (j’ai quand même l’impression que cette question est en train de s’apaiser).
Il demeure que la situation est difficile pour de nombreux parisiens. La chose, la seule chose, qui la rend supportable (pas acceptable… seulement supportable), c’est l’existence de commissions d’attribution des logements qui mettent fin au système des passe-droits qui a longtemps été en vigueur dans la capitale. Ces commissions attribuent les logements pour le compte du maire de Paris et sont aussi en vigueur dans plusieurs arrondissements. Elles sont composées d’élus de la majorité et de l’opposition… mais surtout de représentants d’associations (type Emmaus ou droit au logement).
Le précédent maire du 15ème avait toujours refusé la mise en place d’une telle commission, préférant attribuer lui même près de 200 logements sociaux par an (peut-être en échange de la reconnaissance électorale des bénéficiaires sur dix générations). A sa prise de fonctions, Philippe Goujon (UMP) a mis en place cette commission, avec le soutien des élus de gauche (dont je suis). Voilà pour le contexte.
Le hic, c’est que les premiers retours de cette commission sont très mauvais. Lorsque Marie-Hélène Pietranico, l’élue de gauche qui a siégé lors de la première séance, m’a expliqué comment s’était déroulé la commission, j’avoue que les bras m’en sont tombés. Les dossiers présentés aux membres de la commission sont trop succincts : pour chaque appartement à attribuer, un fichier Excel avec 5 candidatures. Le tableau comporte quatre colonnes : nom du demandeur, revenus mensuels, membres du foyer et observations diverses. Impossible de savoir depuis quand la demande a été déposée. L’ancienneté fait pourtant partie des critères d’attribution qui ont été votés par le conseil d’arrondissement. Les membres de la commission ne savent, par ailleurs, pas de quel type d’appartement il est question (logement social, logement intermédiaire, etc.) La commission n’a donc pas les moyens de travailler correctement.

Plus inquiétant, certains dossiers présentés sont proprement sidérants. Une grande majorité de demandes récentes (pour ne pas dire très récentes). Des revenus qui se situent bien au dessus des exigences de bailleurs sociaux. Certains demandeurs ont même des revenus locatifs (et sont donc propriétaires). Certaines propositions sont en décalage total avec les besoins de la famille. Je n’en dirais pas plus. Je n’ai pas eu accès aux données individuelles. Ces données sont confidentielles, je ne veux pas en savoir plus.
Certaines situations m’ont néanmoins paru tellement aberrantes que je me suis demandé si des dossiers n’avaient pas pour seule fonction de jouer un rôle de repoussoir afin de permettre aux autres d’être sélectionnés.
Je n’avais jamais douté de l’intégrité de la majorité d’arrondissement. Nos désaccords sont nombreux, nos débats souvent houleux… j’ai cependant toujours eu l’impression d’avoir affaire à des élus intègres et honnêtes. Le déroulement de cette commission laisse planer un doute malsain, nauséabond. Il n’y a aucune accusation dans mon propos. Simplement des interrogations que ne tarderont pas d’avoir les habitants du 15ème si le tir n’est pas rapidement rectifié.
Une ligne jaune est en train d’être franchie. La réaction du groupe des élus du gauche d’aujourd’hui avait pour but de tirer la sonnette d’alarme. Le fonctionnement de la commission d’attribution des logements sociaux est, en l’état, inacceptable. L’attribution des logements sociaux était jusqu’à une période très récente totalement opaque. Avec cette commission biaisée, le cynisme s’ajoute à l’opacité.
En plus d’être inacceptables, ces pratiques me semblent totalement irresponsables. Compte tenu de la situation difficile du logement social à Paris, les élus ont l’obligation d’être irréprochables dans leurs attributions de logements sociaux.
J’entends déjà les commentateurs me citer tel ou tel cas particulier, de telle ou telle personnalité… peu importe. Ces pratiques peuvent mettre à mal le lien de confiance établi entre les parisiens et leurs élus. Nous n’avons rien à gagner, élus de droite, de gauche, du centre, à voir se développer des idées du genre : “tous les mêmes, tous des pourris”. On sait généralement comment ça se solde dans les urnes.
Ce soir en conseil d’arrondissement, les choses ont été dites. J’espère qu’elles seront entendues. Il ne faut voir dans les propos des élus de gauche aucune accusation. Simplement une mise en garde : à chaque dysfonctionnement, nous seront là pour alerter.
Tags: 15eme, bertrand delanoe, Conseil d'arrondissement, hlm, logement social, opac, Paris, philippe goujon
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Envoyé le 1 juillet 2008 à 14:36
[…] aussi : Polémique sur la commission d’attribution des logements sociaux du 15ème Publié par Equipe Jeunes Paris 15 à […]
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