juil 08
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Comment toujours réinventer la roue avec Martine Aubry

Un ami à moi m’a expliqué avoir signé le texte présenté par Martine Aubry. Comme le garçon est intelligent, ce coming-out aubryste m’a plongé dans un abîme de perplexité. J’ai donc lu le texte de Martine Aubry…

D’abord, j’ai été très étonné. Je me souviens que titine était très virulente contre la personnalisation du PS… et hop, voilà qu’elle nous sort un site qui s’appelle martineaubry.fr. Et puis elle avait expliqué que les symboles ça comptait pour railler l’utilisation de la couleur bleue par la candidate Ségolène Royal. Et hop, voilà qu’elle nous sort un bandeau tout bleu. Bon d’accord ce n’est que de la forme.

Je ne dirai pas de mal de la contribution de Martine Aubry. Je ne dirai pas de mal, non plus, de Martine Aubry. Je ne dirai de mal d’aucun de mes camarades socialistes (à l’exception peut-être de Jack Lang et de Philippe Martin mais peut-être que je suis en train de réagir sous le coup de l’énervement… mince, je digresse encore).

La contribution de Martine est plutôt mieux écrite que la moyenne, je passe sur l’introduction un peu tarte à la crème sur la France qui va mal (on retrouve la même dans de nombreuses contributions). Je passe aussi sur la présence dans le texte de marqueurs utilisés par Ségolène Royal (l’idée d’une réconcilliation du collectif et de l’individuel, d’une forme de donnant-donnant, etc.) : plus les idées de Ségolène pourront se diffuser au sein du PS, mieux ce sera. Je pense que tout procès en contrefaçon serait hum… décalé ?

A la différence de certains autres textes (au premier rang desquels je place ceux de Benoit Hamon et Jean-Luc Mélanchon), j’ai même l’impression que la contribution Aubry pourrait permettre qu’un débat intéressant s’engage au sein du parti socialiste. Ce serait le cas si le texte ne se contentait pas, à de nombreuses reprises, de reformuler des idées déjà émises par d’autres dans une version moins aboutie. Ce n’est pas une critique aux auteurs du texte en particulier : c’est un problème endémique au PS. Cette désagréable tendance à toujours réinventer la roue. Cette insupportable façon de ne jamais rien acter, d’être incapable de capitaliser sur nos expériences communes.

Un exemple. Martine propose de créer une sorte de crédit-études à destination des jeunes. Hop, je cite la contribution Aubry (citée elle même par le blogueur Maxime Pisano) :

Chaque jeune aurait droit à un crédit-études utilisable pour financer des études supérieures ou plus tard pour une reprise d’études. Le crédit-études pourrait servir à couvrir les frais d’inscription, les dépenses courantes et les dépenses de logement sur critères sociaux. Il pourra être financé en partie par le recyclage de certaines aides publiques existantes auxquelles il a vocation à se substituer (parts fiscales, aides au logement, bourses,…). Son montant, sa durée et ses modalités seront à débattre avec les partenaires sociaux de la formation et de la vie étudiante. Nous voulons faire du crédit-études un outil d’autonomie mais aussi de justice sociale.

Ce droit sera accompagné du devoir de suivre ses études de manière assidue, et d’accomplir des heures d’intérêt général (aide aux devoirs, accompagnement de personnes âgées, action humanitaire….).

On comprend la logique, celle d’une individualisation des dispositifs d’aides publiques. C’est l’esprit du Droit individuel à la formation, c’est l’esprit du compte individuel de cotisations retraite proposé dans notre contribution, c’est l’esprit de toutes les mesures s’inscrivant dans la logique de flexi-sécurité : rattacher les aides aux individus plutôt qu’aux situations pour s’adapter à des parcours personnels et professionnels moins linéaires qu’auparavant.

Un dispositif très proche avait été proposé par Ségolène Royal dans son pacte présidentiel. Il s’agissait de l’allocation d’autonomie. Même diagnostic : les aides actuelles ne permettent pas vraiment aux étudiants bénéficiaires de suivre des études dans de bonnes conditions car ils doivent bien souvent travailler à coté. Même idée d’individualisation, même idée de donnant-donnant, même idée de transférabilité. Même philosophie, aussi : permettre à chaque étudiant de vivre la vie qu’il a envie de mener. La mesure n’était d’ailleurs pas une idée DE Ségolène. Elle avait longtemps été défendue par les associations étudiantes… surtout par l’UNEF pour tout dire.

Sur ce point, la contribution Aubry n’apporte pas grand chose. Et c’est dommage. Je me souviens que durant la campagne présidentielle, le vrai débat ne concernait pas le dispositif en lui-même mais ses modalités de mise en oeuvre. La question était de savoir s’il fallait introduire une condition de ressources.

En bonne logique de flexi-sécurité, la réponse aurait dû être non. Sauf que, sans condition de ressources, et même en recyclant les dispositifs actuels (bourses du CROUS mais surtout, parts fiscales), cette allocation d’autonomie aurait coûté à la collectivité 14 milliards d’euros (par an). Un coût comparable aux 15 milliards d’euros du paquet fiscal qui aurait, certes, eu l’avantage de constituer un investissement dans l’avenir… mais un coût élevé qui aurait limité nos marges de manœuvres dans d’autres domaines (le RSA, la refonte de la formation professionnelle, l’effort sans précédent dans la recherche et l’innovation, etc.)

Avec l’introduction d’une condition de ressources, c’était moins cher : 4 milliards d’euros. La candidate avait donc tranché. Considérant que la famille était une entité économique à part entière (au sein de laquelle s’opérait des transferts de revenus), Ségolène avait décidé que le dispositif, dans son fonctionnement initial, intègrerait une condition de ressources liée au revenu des parents et à la situation de la famille. L’idée était de l’étendre progressivement à tous les étudiants. L’idée était aussi d’intégrer dès le départ les étudiants en rupture avec leurs parents même si ces derniers avaient largement les moyens de financer les études de leurs enfants.

Ça s’appelle un compromis. Un compromis discutable certes… mais un compromis nécessaire. Alors discutons-en de ce compromis, puisque nous sommes d’accord sur l’idée de départ. Ne nous contentons pas d’appeler par un autre nom un dispositif déjà proposé par d’autres en le présentant comme “tout nouveau tout beau”.

C’est aussi ça la politique. Se placer en situation de responsabilité, faire preuve de pragmatisme. Préciser sa penser, ne pas se borner aux déclarations d’intentions générales. C’est difficile. C’est moins sexy que de prétendre donner plein d’argent à tous les étudiants. C’est néanmoins la condition sine qua non pour obtenir la confiance des français : être crédible.

Publié par Philippe à 1:14
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