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Le pardon de Ségolène Royal à Dakar

J’avais écrit hier une petite note sur la réaction d’Alain Destrem, l’élu UMP du 15ème, à propos du voyage de Ségolène Royal au Dakar. Le discours prononcé par Ségolène a été prononcé lundi soir… et a depuis provoqué pas mal de remous au sein de la majorité (voir notamment ici et ici).

Un discours « écœurant » selon Jean-François Copé, de « l’antisarkozysme hystérique » selon Nadine Morano (elle même connue pour manifester une certaine hystérie dans son sarkozysme), « des attaques infantiles » proférées « devant ses amis du Parti socialiste sénégalais » selon Frédéric Lefèbvre (d’aboird, j’avais plutôt trouvé que c’était les propos de Sarkozy sur l’homme africain qui étaient infantilisants… je remarque ensuite que traiter le public de « socialistes », c’est aussi ce que fait Philippe Goujon lorsqu’il est mis en difficulté dans un conseil de quartier). Un « tour du monde en 80 bourdes » selon Roger Karoutchi qu’on avait connu plus inspiré.

Le coming-out sarkozyste du jour est à mettre au crédit d’Eric Revel – directeur de la rédaction de LCI – qui dans une lettre ouverte à Royal l’accuse de « populisme » et de « démagogie »… voilà donc quelle est la conception de l’impartialité au sein du groupe TF1 (la chaîne s’est fendue d’un communiqué de presse pour se désolidariser de son employé – voir ici).

Du coté du PS, l’accueil est positif, très positif. Benoit Hamon estime que la présidente de Poitou-Charentes a eu « raison de le faire », Martine Aubry appuie le propos ce matin sur RTL, Michel Sapin souligne que « les mots étaient justes ».

Ségolène Royal à Dakar

Le discours ? Il est consultable en intégralité sur le site Désirs d’Avenir.

Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde l’existence des grands royaumes et des grands empires de l’Afrique. Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont retracé les mille et une relations nouées bien avant la conquête, en des temps où le Sahara, la Méditerranée et l’Océan Indien n’étaient pas des frontières mais des points de passage et de mise en contact.

Quelqu’un est venu ici vous dire que « l’Homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ».

Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis.

Et ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept « négritude » , vous l’avez poursuivi avec le mot « Afrique », cet étendard d’une dignité reconquise.

Les mots sont forts, justes. Un discours qui a l’envergure d’un chef d’État, le genre de discours que Nicolas Sarkozy aurait probablement été bien inspiré de prononcer deux ans plus tôt à Dakar. Petite piqure de rappel des propos tenus par le chef de l’État (consultables ici).

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

Le discours de Sarkozy est paternaliste, néo-colonialiste, méprisant… écœurant.

Bien sûr, il y a chez Ségolène Royal une stratégie politique, se présenter comme la première opposante à Nicolas Sarkozy (ce qu’elle est… à mon avis). Il n’empêche que le discours de Royal s’inscrit prolonge les valeurs de la République… là où celui de Sarkozy les piétine.

Publié par Philippe à 8:47
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Il y a 2 commentaires pour cet article
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2 Commentaires

Jean-Yves
Envoyé le 20 avril 2009 à 7:15

Dis moi Philippe, ta championne va s’excuser au nom des français pour tout et n’importe quoi ?
Il y a rien de pire que la rumeur colporté comme vient de la faire Libé – un grand socialiste en est mort, il a laissé son nom a des avenues – il s’appellait Roger SALENGRO

Philippe
Envoyé le 20 avril 2009 à 17:46

Bonjour Jean-Yves,

« tout et n’importe quoi » ? Je ne crois pas qu’on puisse minorer ainsi les propos tenus par le Président. L’attitude nombriliste de Nicolas Sarkozy est à l’image de sa politique : pas à la hauteur de la situation.

Quant à la référence à Roger Salengro, comparer la critique légitime de l’attitude de Nicolas Sarkozy à la cabale lancée par l’extrême droite et les intérêts des milieux économiques contre ce ministre du Front Populaire procède d’une forme de récupération tout à fait détestable. Tu n’es cependant pas le seul à vouloir utiliser la mémoire de Roger Salengro, le candidat du Front National aux européennes dans le Nord essaie de faire la même chose. Indigne.

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