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Le commentaire tant attendu

« Hey Philippe ? Tu ne commentes pas le score du PS aux européennes ? »

Voilà le genre de message sympathique que m’envoient certains amis (mais néanmoins adversaires politiques :p) depuis quelques jours. La vérité, c’est que j’avais un peu la tête ailleurs qu’à écrire sur ces européennes. Je livre quand même le commentaire tant attendu.

C’est une râclée. Une énorme branlée. Un peu mieux que le score de 1994… mais à l’époque, la gauche sortait d’une énorme crise morale, Tapie roulait des mécaniques et les français avaient eu un peu de mal à comprendre les discours de Michel Rocard (certains linguistes travaillent toujours dessus).

Ce constat effectué, un sentiment personnel. Toutes les défaites sont injustes… mais celle-ci l’est particulièrement. Je continue à penser que le programme européen du PS était un vrai programme, qui avait en plus l’avantage d’être en phase avec le projet porté par les 27 partis socialistes européens. Nous n’avons pas su communiquer sur nos propositions phares… tant pis pour le salaire minimum dans tous les pays européens, tant pis pour le grand plan européen autour des énergies renouvelables, tant pis pour les 10 millions d’eco-emplois. On va donc probablement en reprendre pour quelques années de Baroso et devoir supporter l’attitude triomphante de l’UMP qui se sent pousser des ailes. Il parait que Xavier Bertrand a déjà commandé plusieurs caisses de rosé coupé au vin blanc pour fêter la victoire du sarkozysme triomphant : Beurk.

Rien à dire sur la très bonne campagne de Cohn-Bendit : il a su trouver des personnalités pour incarner son projet. Le projet en lui même n’était pas trop clivant : l’écologie… l’Europe de quoi ratisser large (d’ailleurs, c’était dans le titre). Bien vu.

J’ai beau lire partout qu’Europe-Ecologie a fait une campagne européenne… j’ai surtout l’impression que Dany a – comme tout le monde – beaucoup critiqué Nicolas Sarkozy et aligné les bonnes blagues sur François Bayrou (j’avoue, moi aussi j’ai bien rigolé au « François a vu la vierge »). La séquence ahurissante sur France 2 et la diffusion du film Home auront probablement un peu aidé dans les derniers jours… quoique… peut-être pas tant que ça.

Concernant la campagne du PS… elle a pataugé. Le message a constamment changé (un coup stop-sarko, un coup vive l’Europe, un coup stop-la-crise) rendant nos propositions inaudibles. Les listes ont été constituées à l’ancienne, à la proportionnelle des courants, ce qui a donné l’impression d’un parti se regardant le nombril.

Pour avoir fait pas mal de porte à porte dans le 15ème, j’ai eu l’impression que nos électeurs habituels avaient envie de punir le PS du spectacle lamentable du congrès de Reims (le meeting de Martine et Ségolène est arrivé bien trop tard). Depuis dimanche soir, j’ai un peu l’impression que ces déçus du PS culpabilisent un peu, à la manière de la mère qui aurait fichu une énorme baffe à son môme de 5 ans et qui se dirait « mince, j’y suis peut-être allé un petit peu fort ». Grosse déception pour Benoit Hamon qui n’est pas réélu. Un peu les boules aussi pour Monique Saliou, 4ème de liste en Ile-de-France, qui aurait fait une très bonne députée européenne (parce que Monique, l’Europe, c’est son dada :p).

L’erreur serait aujourd’hui d’enchainer sur une nouvelle séquence de luttes fratricides. J’ai l’impression qu’on va échapper au match retour du congrès de Reims… et qu’on va tous s’y mettre. Tant mieux.

Publié par Philippe à 22:54

Il y a 3 commentaires pour cet article
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3 Commentaires

Julo
Envoyé le 12 juin 2009 à 11:11

Europe Ecologie ne se résume pas à Daniel Cohn-Bendit, comme le PS ne se résume pas à Harlem Désir… C’est une déformation médiatique qui aime bien personnaliser la politique. Par exemple, est-ce que le très bon score de Michèle Rivasi dans le Sud-Est est à mettre au crédit de Dany? J’en suis pas sûr du tout. Une autre réflexion sur le PS : à force de n’avoir que le mot de pouvoir d’achat en bouche, on devient complétement inaudible. Dans un contexte où tout le monde sait très bien (et même si beaucoup font semblant de penser le contraire) que la croissance à 3% c’est fini, c’est pas le gâteau qu’il faut augmenter mais c’est le partage qu’il faut améliorer. Dites-moi si je me trompe, mais ce n’est pas ce que je comprends du programme du PS. Vous êtes encore trop productivistes, et c’est pour moi le fond du problème : une gauche crédible doit pouvoir dire que le vrai partage des richesses n’est pas seulement exprimé en monnaie sonnante et trébuchante. Le socialisme du 19 et 20ème siècle a échoué : à la place, il nous faut construire une alternative à la société du toujours plus et de l’envie. Si chacun jalouse ce que possède le voisin, on en finira jamais!

Philippe
Envoyé le 12 juin 2009 à 12:31

@Julo : totalement d’accord avec la fin du message concernant la répartition des richesses et l’idéal de société à atteindre. A propos du productivisme, pour le dire clairement, je ne crois pas que la décroissance soit la solution aux problèmes environnementaux (on pourrait débattre longuement). Une autre croissance est possible.

Sur le début : Il ne s’agit pas de résumer EE à Daniel Cohn-Bendit mais de souligner que sa présence a été un atout… notamment aux yeux d’électeurs qui n’ont pas (c’est le moins que l’on puisse dire) été noyés sous les informations relatives aux offres politiques portées par chacune des listes. Même si Dany n’était pas candidat partout (et le score de Rivasi est effectivement impressionnant), je pense qu’il a porté, de façon globale, le score de EE (ce qui n’enlève rien aux compétences et au talent des candidats locaux).

John_G
Envoyé le 14 juin 2009 à 17:57

Cher camarade,
comme tu le sais, je suis totalement d’accord avec toi. Je revendique d’ailleurs le copyright sur la « baffe trop forte » :) .

Il est invraisemblable que nous n’ayons pas su mettre en valeur de véritables propositions qui, pour une fois, n’étaient pas que des mièvreries issues d’une mauvaise bouillie à 27. La direction actuelle porte une lourde responsabilité. Des tracts au bulletin de vote, tout était raté! A Paris, la responsabilité est aussi celle de la Fédé, qui n’a pas su jouer son rôle de mobilisation.

Enfin et surtout, il faut que nous en appelions en sursaut et que nous indiquions haut et fort que six mois est un horizon beaucoup trop éloigné pour prétendre prendre la mesure de la claque donnée. Même si elle était sans doute un peu trop forte, elle n’était pas imméritée. Il est impératif que nous travaillions désormais sur les conventions thématiques pour préparer notre programme. Nous ne manquons pas d’idées ni de ressources. Il nous faut une bonne colonne vertébrale idéologique pour synthétiser politiquement notre démarche et une personne pour l’incarner.

Ceci dit, et cela fait contre-poids à ce que je disais précédemment, il ne faut pas tirer des leçons politiques générales d’un tel scrutin. Et le PS reste de très loin la première force politique dominante de la gauche. Nous devons apprendre à respecter nos amis Verts mais il ne faudrait pas non plus qu’ils se mettent à participer à un morcellement qui serait avant tout dommageable aux Français.

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